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« La vie à Montpellier est extra quand on a du travail »
Ira Imig est venue vivre en France parce qu’elle est
"tombée amoureuse d’un Français qui ne voulait pas apprendre l’allemand". Il venait de trouver du travail à Montpellier et c’est tout naturellement qu’elle a quitté l’Allemagne pour s’installer ici. C’était il y a treize ans.
Depuis, Ira Imig est devenue française. Ou plutôt
"binationale", comme on dit. La nationalité française, elle l’a acquise au prix
"de beaucoup de paperasse" et d’un entretien destiné, entre autres, à évaluer son niveau de français – qu’elle maîtrise parfaitement. Elle en parle comme d’une simple formalité, à mille lieues des files d’attente interminables en préfecture, des rendez-vous vexatoires ou des décisions discrétionnaires.
"Il y a deux types d’étrangers, ceux qui viennent des pays du Nord et les autres. C’est tout à fait par hasard que je suis née dans un pays qui est moins étranger", reconnaît-elle en fredonnant la chanson de Maxime Le Forestier Né quelque part.
Ira Imig peut désormais
"voter et participer aux petites choses du quotidien".
"Je savais que j’avais droit à la nationalité, car je rapportais de l’argent à l’ État français", explique-t-elle. Depuis plusieurs années Ira dirige une agence de relations presse.
"Enfin, une agence… L’agence c’est moi, moi et moi", tempère-t-elle. Au départ, elle proposait aux entreprises françaises d’assurer leurs relations avec la presse étrangère. Petit à petit, elles lui ont demandé de prendre en charge les relations avec la presse française. Un peu étonnée, elle s’y est pliée de bonne grâce et aujourd’hui son entreprise prospère.
Quand elle vivait en Allemagne, Ira Imig travaillait dans le mécénat culturel. Une activité qu’elle tente de lancer à Montpellier, mais de part et d’autre du Rhin les habitudes divergent. Pourtant ici la fiscalité encourage bien plus qu’ailleurs les entreprises à soutenir les projets culturels ou solidaires. Mais ça ne suffit pas :
"En Allemagne comme dans d’autres pays du nord de l’Europe, on considère comme normal de soutenir l’intérêt général. Si le projet intègre le chef d’entreprise comme les employés, c’est un vrai atout pour la vie sociale et en dernier lieu un outil de communication." Les entreprises, peu nombreuses, qui franchissent le pas sont ravies, assure Ira Imig : celles-ci ont compris
"qu’elles pouvaient vivre des choses beaucoup plus profondes qu’une déduction fiscale".
Si, en Allemagne, il est naturel que les budgets culturels soient complétés par des capitaux privés, Ira Imig a observé une méfiance en France face à ce type de financement. Elle avance une explication : peut-être est-ce parce qu’on se vante d’être une
"exception culturelle" où l’ État doit tout financer. Ou alors parce qu’on a tendance à appeler
"patron" celui qui dirige comme s’
" il n’était pas vraiment un homme comme les autres", ce qui ôterait toute velléité à jouer collectif.
La perception du mécénat figure en bonne place sur la liste des différences culturelles qu’elle pointe. Ira Imig rit en évoquant cette manie qu’ont les Français de
"monter des dossiers" ou leurs repas interminables. Elle vante la
"légèreté" des Fêtes de Bayonne, dont elle revient,
se gausse du stéréotype de l’Allemand très ordonné :
"Je pourrais être trois fois plus bordélique que les Français, ça ne se remarquerait pas", tant le cliché est ancré.
"Avoir deux cultures, c’est génial", résume-t-elle en louant les nombreuses occasions qui lui ont permis de s’intégrer : "C’est sans doute parce que les gens d’ici sont particulièrement heureux."
(...)"