Le couple franco-allemand

Discours prononcé par chancelier fédéral Schröder lors de la séance commune du Deutscher Bundestag et de l’Assemblée nationale à Versailles (22 janvier 2003)

Monsieur le Président de la République,

Messieurs les Présidents de l’Assemblée nationale et du Bundestag,

Mesdames, Messieurs les Députés,

Je vous remercie, Monsieur le Président de l’Assemblée nationale et vous, Monsieur le Président du Bundestag, de m’avoir invité à prendre la parole devant les parlements français et allemand réunis aujourd’hui dans cette enceinte.

C’est la première fois, dans l’histoire de nos deux pays, que l’Assemblée nationale et le Bundestag sont réunis ensemble en séance plénière.

Cela ne donne pas seulement un cadre particulièrement solennel aux célébrations du 40ème anniversaire du Traité de l’Élysée, cela reflète également et de manière impressionnante la qualité de nos relations, cette amitié qui est plus qu’un pacte entre des gouvernements, un lien unissant nos sociétés et nos peuples, et de ce fait, ceux qui les représentent des deux côtés du Rhin.

Mesdames, Messieurs les Députés,

Ces jours-ci, on parle beaucoup de "l’histoire à succès" du Traité de l’Élysée et des relations franco-allemandes.

Cette expression fait l’unanimité de tous et pourtant, elle me semble avoir un sens trop restreint pour décrire la grande oeuvre que nous avons réussie ensemble au cours de ces dernières quarante années.

En effet, deux peuples et deux pays se sont vraiment rapprochés après des siècles d’histoire commune mais trop souvent marquée par des conflits terribles.

Là où une richesse commune aurait pu, je dirais même aurait dû naître de nos cultures aux facettes multiples et qui se complètent l’une l’autre, on a vu se creuser des fossés insurmontables.

Au lieu d’encourager les forces d’attraction, on a laissé se développer les forces de répulsion, au lieu de cultiver le patrimoine commun, on a nourri les "inimitiés héréditaires".

Chaque fois que nos deux pays, qui constituaient déjà aux yeux de Victor Hugo "l’essence de l’Europe", se sont affrontés, ils ont entraîné le continent tout entier dans le malheur.

Certes, nos élites ont toujours voulu, même dans les périodes sombres de notre histoire, jeter des ponts au dessus des abîmes de la rivalité et de la haine, comme Voltaire ou Kant, Heine que les Français appellent toujours "Henri" et Germaine de Staël, connue en Allemagne uniquement comme Madame de Staël.

Il faudrait citer aussi Stefan Zweig et Romain Rolland ou encore Heinrich Mann.

Aristide Briand et Gustav Stresemann avaient reçu le prix Nobel de la paix pour leur politique d’entente, une récompense décernée un peu trop hâtivement comme devait le montrer l’avenir. En effet, notre histoire commune n’avait pas encore traversé ses années les plus douloureuses.

En réalité, ce sont surtout les princes et les souverains allemands qui ont constamment propagé cette pensée hérétique consistant à dire que l’avenir et le bonheur de la nation allemande ne pouvaient être acquis que par l’hostilité et l’agression contre nos voisins français.

C’est pourquoi je suis particulièrement reconnaissant à nos hôtes français d’avoir proposé Versailles pour organiser cette rencontre historique entre les parlements de nos deux pays.

Versailles est le lieu en Europe qui nous montre le mieux comment nous avons progressé ensemble sur notre chemin, comment nous nous sommes éloignés des malheurs du passé et comment nous sommes parvenus, grâce aux promesses et aux espoirs scellés par le Traité de l’Élysée, à la réalité extraordinaire de l’amitié franco-allemande.

Versailles : ce nom symbolise trois siècles de notre histoire, qui fut des plus mouvementées.

Il ne s’agit pas seulement du lieu où vivaient Louis XIV, le Roi Soleil, et sa cour et qui a été si souvent copié par les princes allemands.

Beaucoup plus tard, c’est Louis II qui essaya d’en faire la copie la plus fidèle en Bavière. Si la construction resta inachevée, c’est le même Louis II qui porta la tragédie à son comble : il ne vint qu’une seule fois à Versailles et ceci à dessein pour infliger un camouflet à la France.

C’est ici précisément, dans la Galerie des glaces, qu’il couronna Guillaume Ier Empereur d’Allemagne ; à la paix imposée par diktat en 1871 succéda presque logiquement celle de 1919 qui servit de prétexte à la droite allemande et ensuite aux nationaux-socialistes pour déclencher leur campagne de destruction contre l’Europe tout entière.

Mais Versailles, c’est aussi l’endroit qui restera toujours lié dans notre mémoire à la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1789.

Aujourd’hui, notre présence ici se situe dans le droit fil de ce grand événement historique.

Les valeurs de la Révolution française sont toujours vivantes, ces valeurs mêmes qui étaient pour Kant la preuve que l’homme est bon et qui, pour Hitler, Goebbels et consorts, devaient "disparaître à jamais".

Elles constituent le fondement et le modèle de ce que nous avons réussi à construire ensemble au cours de ces dernières quarante années, et de ce que nous pouvons, nous devons et nous voulons mettre en oeuvre ensemble à l’avenir sur notre continent.

Mesdames, Messieurs,
L’oeuvre que Charles de Gaulle et Konrad Adenauer ont construite ensemble, sur la voie préparée par Jean Monnet et Robert Schuman, celle qui a été poursuivie et développée par Georges Pompidou et Willy Brandt, Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, François Mitterrand et Helmut Kohl, ne s’est point limitée à cette "réconciliation" unique entre la France et l’Allemagne.

Ces grands Européens avaient compris que l’Europe ne peut se faire sans l’amitié franco-allemande, mais aussi que l’amitié franco-allemande ne peut se faire ni prospérer sans l’Europe.

Mais permettez-moi d’ouvrir une brève parenthèse personnelle et de revenir sur la réconciliation qui a suivi les horreurs et les crimes de la Seconde Guerre mondiale.

La coopération, voire l’amitié entre la France et l’Allemagne, les générations de nos parents et de nos grands-parents osaient à peine y rêver.

Et pour nous qui avons grandi après la guerre, la réconciliation était un espoir, un espoir que le souvenir encore trop vivant de la peur et de la souffrance empêchait de se réaliser.

Cet espoir n’a pu devenir réalité qu’au prix d’une volonté politique déterminée.

Mais la volonté politique ne suffit pas pour émouvoir les coeurs. Pour cela, il a fallu le courage, peut-être naïf, d’hommes comme Gunther Klein qui dirigeait à l’époque le Jeune théâtre de Göttingen. Et la générosité d’une grande dame comme Barbara.

Klein arriva à convaincre la célèbre chanteuse à venir se produire dans son petit théâtre.

À contrecoeur, les blessures de la guerre et de l’époque nazie n’étaient guère refermées, Barbara accepta. Le jour de son arrivée, elle voulut repartir mais elle finit par rester une semaine entière et donna des concerts devant un jeune public enthousiaste.

Gagnée par cette euphorie, mais peut-être aussi émue, elle commença à composer sa chanson si connue "Göttingen". Deux ans plus tard, en 1967, elle revint dans cette ville interpréter sa chanson en hommage.

C’est à ma connaissance la seule chanson que Barbara, cette grande artiste, ait chanté en allemand. Permettez-moi d’en citer quelques extraits :

"Et tant pis pour ceux qui s’étonnent,
Et que les autres me pardonnent,
Les enfants ce sont les mêmes
À Paris ou à Göttingen.
Ô faites que jamais ne revienne,
Le temps du sang et de la haine,
Car il y a des gens que j’aime,
À Göttingen, à Göttingen."

À l’époque, j’habitais moi-même Göttingen, où je suis resté pendant plus de dix ans et où j’ai fait mes études. Malheureusement, je n’ai pas eu la possibilité d’assister au concert de Barbara mais cette chanson résonnait dans toute la ville.

Ce que Barbara a chanté à Göttingen, et qui nous est allé droit au coeur, c’était pour moi, jeune homme, le début d’une merveilleuse amitié, de l’amitié qui devait unir les Français et les Allemands.

Mesdames, Messieurs,
On dit souvent, et probablement à juste titre, que l’amitié ne peut pas exister entre les nations, seulement entre les hommes.Voilà précisément ce qui fait le caractère novateur du Traité de l’Élysée. Non seulement il scelle la nécessité imposée par la réalité politique et la volonté de coopération amicale entre nos deux pays voisins, mais son objectif premier était d’unir les sociétés, les peuples et les hommes et il y est parvenu.

Les jumelages de villes et les programmes d’échanges existaient déjà avant le Traité de l’ÉlyÐsée mais ils se sont multipliés et aujourd’hui, ils se comptent par centaines. L’Office franco-allemand pour la Jeunesse, grâce auquel plus de sept millions de jeunes ont pu se rendre dans le pays voisin, est lui-même né du Traité de l’Élysée.

Mesdames, Messieurs,
Après l’expérience de plusieurs siècles d’idéologie, nous sommes désormais liés par "une culture du doute", peut-être le meilleur rapprochement entre la "Aufklärung" en Allemagne et les "Lumières" en France.

Cette culture du doute, qui cherche depuis toujours à surmonter les dogmes définitifs et les limites physiques, ne reconnaît qu’un principe immuable, celui de la démocratie, du pluralisme et de la tolérance dans la diversité.

C’est une évidence pour la grande majorité des jeunes dans nos pays respectifs, une évidence au même titre que la réconciliation franco-allemande et que le fait de vivre dans une Europe presque sans frontières.

Mais cette évidence comporte un danger, le danger de l’habitude.

Aujourd’hui, l’amitié franco-allemande n’est plus une fin en soi. Elle doit se redéfinir en permanence, et faire ses preuves, d’autant plus que nous sommes placés, au sein de nos sociétés, en Europe et dans le monde, devant des défis tout à fait nouveaux.

Mesdames, Messieurs,
Les révolutions pacifiques de 1989 nous ont donné la possibilité, et dicté le devoir, de construire une Europe unie.

Le succès historique qui a marqué le sommet de Copenhague sur l’élargissement et qui a été, pour une grande part, le fruit de l’action commune de la France et de l’Allemagne, a fixé le cap.

Désormais, il nous revient, en premier lieu à l’Allemagne et à la France, de réaliser cet élargissement de telle sorte que l’Union soit plus démocratique, plus transparente et plus efficace.

Aujourd’hui plus que jamais, notre destin est défini par les développements mondiaux.

Gérer la mondialisation de l’économie, exploiter ses potentiels et s’opposer aux forces centrifuges de ces processus mondiaux : telle sera la tâche principale de l’Europe au cours de ce siècle nouveau.

L’Allemagne et la France, sociétés qui ont le devoir vis-à-vis d’elles-mêmes et du monde entier de préserver l’héritage des Lumières et de l’identifier par rapport aux nouveaux défis, sont appelées aujourd’hui, face aux turbulences qui secouent l’économie mondiale et au danger que représente la force "asymétrique", à garantir le primat de la politique et à redéfinir la cohésion sociale.

Notre tâche actuelle consiste précisément à faire de la justice et de la sécurité à l’ère de la mondialisation des objectifs solidement ancrés et à mettre notre politique au service de leur réalisation.

Mesdames, Messieurs,
Les gouvernements et les députés de nos deux pays sont conscients de la responsabilité que nous imposent les nouveaux défis.

Nous savons que les citoyens qui nous ont élus placent de grands espoirs dans notre coopération.

Aujourd’hui, jour de fête mais aussi journée de travail pour nos gouvernements, nous avons déjà beaucoup avancé, aussi bien dans le dialogue sur l’avenir de l’Europe que dans les projets concrets.

Certains diront que la construction politique est encore en chantier : fédération d’États, État fédéré, confédération, autant de notions sur lesquelles nous devons discuter mais qui ne sauÐraient nous diviser.

L’essentiel, ce sont les valeurs sur lesquelles est fondée notre communauté et qui se sont vues confirmées, sur le plan politique notamment, avec l’adoption de la Charte européenne des droits fondamentaux. Celle-ci doit être un élément-clé de la constitution européenne, notre objectif commun.

L’Europe, il n’a jamais été possible, du moins jamais sans la force ou l’arbitraire, de la définir d’un point de vue purement géographique. L’Europe a toujours été une réflexion sur les similitudes culturelles et politiques.

Je voudrais souligner à titre d’exemple l’éthique participative.

Ce débat se poursuivra, même vis-à-vis les voisins de l’Union actuelle qui souhaitent y adhérer un jour.

Nous voulons une Europe consciente de sa propre valeur, une Europe unie qui considère comme une richesse les spécificités culturelles de ses régions et de ses pays.

Nous voulons des institutions fortes qui reflètent la diversité des stratégies et des traditions politiques de nos États membres.

Mesdames, Messieurs,
Que peuvent faire et que doivent faire l’Allemagne et la France pour l’avenir de l’Europe ?

L’histoire de l’intégration européenne montre que les grandes tâches en Europe ont pu être résolues précisément lorsque l’Allemagne et la France étaient d’accord.

Ces derniers mois, la dynamique de notre coopération s’est encore renforcée.

Nous pouvons constater, non sans une certaine fierté, que ce sont l’Allemagne et la France qui, dans la phase cruciale de l’élargissement de l’Union européenne, ont donné les impulsions décisives. C’est notre action commune qui a permis la décision historique de Copenhague et qui, du reste, l’a rendue financièrement gérable.

La Convention européenne, au sein de laquelle des représentants de nos deux Hautes Assemblées coopèrent à part égale avec des délégués des gouvernements et des représentants du Parlement européen, a fait des progrès considérables dans son travail.

La semaine dernière, le Président Chirac et moi-même avons remis au Président de la Convention, M. Valéry Giscard d’Estaing, notre proposition commune sur l’architecture institutionnelle de l’Union européenne.

L’Allemagne et la France ont ainsi présenté à la Convention des contributions concertées pour toutes les grandes questions du débat sur la constitution européenne.

Il faut que chaque citoyen européen sache qui est responsable de quoi en Europe.

Seul celui qui est légitimé est capable de diriger. Seul celui qui est en mesure de diriger peut être légitimé par les citoyens et les parlements.

C’est dans ce contexte très complexe que se situent les propositions présentées par l’Allemagne et la France jusqu’à présent.

L’objectif consiste à renforcer de manière équilibrée le triangle institutionnel de l’Union. Il faut que l’Union européenne soit représentée à l’extérieur plus efficacement. Aussi proposons-nous que le Conseil européen élise son Président et qu’il soit mis fin à l’alternance semestrielle.

En effet, cette solution serait impraticable dans une Europe à 25. Le Conseil européen doit bénéficier d’une plus grande continuité sur le plan des personnes qui le dirigent.

Nous souhaitons en même temps que le Parlement européen élise le Président de la Commission afin que celui-ci jouisse d’une légitimité démocratique et voie son rôle politique renforcé.

Le Parlement européen doit exercer une fonction législative à part égale avec le Conseil.

C’est pourquoi notre proposition visant la création d’un poste de ministre européen des Affaires étrangères revêt une importance particulière. Cela permettra pour la première fois à l’Europe de parler d’une seule voix sur la scène internationale.

Mesdames, Messieurs,
Nous avons proposé en outre à la Convention la création d’une Union européenne de sécurité et de défense devant également contribuer à renforcer le pilier européen de l’Alliance atlantique.

Un grand nombre de suggestions présentées par l’Allemagne et la France sur les moyens de réagir face aux nouvelles menaces engendrées par les risques transfrontières, la criminalité organisée ou le terrorisme international ont rencontré un écho positif.

Entre-temps, le monde entier reconnaît que ce que nos pays sont convenus d’appeler la "notion élargie de sécurité" qui englobe une politique de protection juridique et de sécurité sociale, matérielle et culturelle mais aussi écologique, est une stratégie efficace pour lutter contre les risques.

Nos propositions, qui sont le fruit d’une concertation étroite et des expériences réalisées par l’Europe en matière de solution des conflits, recueillent de plus en plus l’adhésion d’autres partenaires dans le monde :

Il s’agit de garantir la sécurité et la coopération grâce au désarmement et à la prévention des conflits, de conclure des alliances régionales pour défendre la sécurité, les droits de l’homme et les droits des minorités, et enfin, de pratiquer une politique de mise en oeuvre des "dividendes de la paix" sous forme de coopération économique.

Encouragés par les échanges que nous avons menés au sein du Conseil franco-allemand de sécurité et de défense, dont la création remonte à quinze ans, nous avons conçu la politique européenne de sécurité et de défense et cela à un moment où nombre de partenaires européens n’envisageaient pas encore que l’Union européenne puisse se doter d’une dimension de sécurité. La brigade franco-allemande est devenue ensuite le noyau de l’Eurocorps.

Entre-temps, nous avons fait un grand pas en avant avec la création de la Force d’intervention européenne. Le renforcement de l’identité européenne de sécurité n’est dirigé contre personne.

C’est ainsi que nous assumons la responsabilité qui nous incombe, en oeuvrant pour la stabilité de notre continent mais aussi en proposant à d’autres peuples de partager les expériences réalisées par l’Europe en matière de paix et de développement. En s’épaulant mutuellement, comme le font les Allemands et les Français en Afghanistan ou autre part.

Et aussi comme nous coopérons étroitement pour résoudre les crises internationales, par exemple dans le cas de la Corée du Nord et de l’Iraq.

Nous sommes convenus de concerter étroitement nos positions au Conseil de sécurité des Nations Unies, cet organe où, à l’heure actuelle, quatre pays européens sont responsables, à l’échelle mondiale, de la paix et de la sécurité internationale.

Nous nous investissons de concert pour que le Conseil de sécurité des Nations Unies puisse accomplir avec succès sa tâche primordiale qui consiste à sauvegarder la paix internationale.

Mesdames, Messieurs,
L’Allemagne et la France sont confrontées à des problèmes largement semblables en ce qui concerne l’avenir de nos système sociaux.

Encore une fois, il revient à nos deux pays notamment de redéfinir le rôle du marché, de l’État et de la société civile dans notre monde actuel, de créer de nouveaux espaces et, sur le plan politique, d’organiser une nouvelle justice.

Pour ce faire, nous ne nous contenterons pas d’échanger nos expériences, nous développerons ensemble des propositions novatrices qui devront alimenter un débat à l’échelle de toute l’Europe.

Toutefois, nous sommes obligés de constater qu’entre-temps, nous sommes placés devant un autre problème.

En effet, on note qu’après le succès de la réconciliation entre nos deux pays, la "compréhension" sur le plan de la langue reste beaucoup trop souvent en-deçà de nos attentes. En dépit des multiples efforts déployés dans ce domaine, nous sommes aujourd’hui plus éloignés que jamais du jour où la langue du pays partenaire sera pratiquée sur l’ensemble de notre territoire et inversement.

C’est pourquoi un effort supplémentaire doit être fait par tous, les gouvernements, les députés, les régions et les écoles, afin d’entretenir et de développer l’intérêt pour la langue du voisin.

Encourageons les parents à inciter leurs enfants à faire à l’école un choix allant dans ce sens.

Peut-être serions également bien conseillés d’innover : nous avons "Arte", la chaîne de télévision franco-allemande, qui est une grande réalisation.

"Arte" pratique ce qui doit devenir un élément central de la démocratie européenne, à savoir l’opinion publique européenne impliquée dans des débats et reportages transfrontières.

Nous devrions également nous investir pour que nos jeunes générations notamment jouissent d’un cadre unique pour leur formation, leurs études et leur travail.

C’est également dans cette perspective que nous avons défini aujourd’hui des objectifs communs pour que les étudiants, les chercheurs et les personnes qui exercent une activité professionnelle voient s’améliorer leurs chances réelles de grandir, d’apprendre et de travailler dans les deux pays.

Nous souhaitons que le projet commun que nous formons pour l’Allemagne, pour la France et pour l’Europe, englobe et facilite la participation des citoyens. C’est pourquoi le Président Chirac et moi-même avons décidé de permettre à terme aux Allemands et aux Français vivant dans le pays voisin de bénéficier de la nationalité des deux pays. Nous avons déjà fait des progrès dans la réalisation de cet objectif.

Cela signifie en premier lieu qu’Allemands et Français pourront voter et participer aux décisions dans le pays où ils vivent. Cela entraînera un rapprochement encore plus étroit de nos pays et de nos sociétés.

Mesdames, Messieurs,
Dans la Déclaration commune que nous avons adoptée à l’occasion de cet anniversaire, nous avons déclaré le 22 janvier "journée franco-allemande".

Nous souhaitons que cette journée soit consacrée, dans toutes les institutions de nos systèmes éducatifs, à la promotion du pays partenaire et à une action d’information sur les multiples possibilités d’études et de rencontres.

Notre séance plénière d’aujourd’hui est plus qu’un acte symbolique de commémoration du Traité de l’Élysée qui a joué un rôle si important pour l’amitié entre nos deux pays.

Pour nos deux parlements, cette journée marque également le point de départ de nouveaux efforts en vue de resserrer encore notre coopération.

Mesdames, Messieurs,
Nous savons bien qu’en Europe, les progrès sont difficiles lorsque l’Allemagne et la France ne sont pas d’accord.

Beaucoup d’éléments sur lesquels nous avons réussi à nous mettre d’accord au plan bilatéral peuvent également contribuer à aplanir les contradictions et les divergences de vue qui naissent entre d’autres peuples européens.

Mais nous serons également obligés de redéfinir notre rôle qui ne saurait être moins énergique ou moins dynamique. Nous continuerons d’être au moins autant des inspirateurs que des moteurs.

On peut voir là une interprétation moderne du Traité de l’Élysée, unique dans l’histoire et dont le contenu nous engage

à oeuvrer en faveur de la réconciliation, de la liberté et de la justice,

et à assumer nos responsabilités pour l’Europe commune.

(Schröder, Gerhard)

Quelle : Ambassade d’Allemagne
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